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   Velo’v, Velib’ : des Vepub’
Le “Business Model” du vélo publicitaire : fric, exploitation et pollution mentale (Carfree France 19-06-2009)

Article publié sur http://carfree.free.fr

Au détour d’un article de Business Garden, on apprend que le Vélo en Libre Service (VLS) cherche son “Business Model”. En France, c’est principalement la société Cyclocity, filiale du groupe JC Decaux, qui occupe le terrain très convoité des parcs de vélos en libre service. En l’occurrence, le Business Model de Cyclocity est basé sur un contrat avec les communes desservies par les parcs de vélo et permettant à JC Decaux de vendre des espaces publicitaires. Le deal est donc le suivant : vélos contre publicité, exploitation des salariés et pollution mentale...

Quel formidable support que le vélo, au sens propre comme au figuré, pour faire du marketing et de la pub ! Les entreprises de publicité industrielle comme Decaux ont rapidement compris qu’il suffisait de surfer sur la vague verte du développement durable pour inonder toujours plus les villes de publicité invitant à la surconsommation, sur la base d’un modèle économique qui n’a rien à voir avec l’écologie ou le développement durable.

Et la publicité se développe sur tous les supports, le mobilier urbain bien sûr (triplement de la surface d’affichage publicitaire de Decaux), mais aussi de plus en plus sur les vélos eux-mêmes. Pour des entreprises comme Decaux, le véritable business model à creuser est en effet le support même des vélos comme relais mobile de publicités dans la ville.

Petit à petit, la publicité s’invite dans un premier temps sur le cache-roue arrière du vélo, puis sur la roue avant. Dans certaines solutions avancées, la publicité occupe tout l’espace disponible, roue avant, roue arrière, cadre, etc. Prochaines étapes : obligation d’arborer une casquette publicitaire et un t-shirt publicitaire, puis panneaux d’homme-sandwich ?

Dans le même temps, face au développement du vandalisme (16.000 vélos vandalisés et 8.000 disparus en deux ans d’existence du vélib’ parisien !), la Ville de Paris voudrait faire croire que ces vélos publicitaires appartiennent à tout le monde et qu’il faut donc en prendre soin, ce qui donne lieu à des campagnes publiques de publicité (encore de la pub !), financées par le contribuable, et qui invitent les gens à prendre soin... des vélos Decaux ! La pollution mentale du vélib atteint alors des sommets...

Un autre concept tend à se développer actuellement, c’est celui des vélos-taxis. Les vélos-taxis sont en fait des taxis qui fonctionnent soit par réservation, soit en se rendant dans un point de ralliement, soit en hélant directement un vélo-taxi libre dans la rue. Et là encore, la publicité sur les vélos tend à se développer rapidement, ajoutant encore plus d’espaces publicitaires dans les villes...

Les exemples de Vélo en Libre Service à l’étranger ou de vélos-taxis couverts de publicité nous montrent que le matraquage publicitaire n’en est qu’à ses débuts en France. Et les vélos Decaux risquent bien de ressembler assez rapidement aux vélos sur la photo... Et pourtant, un autre vélo en libre service, c’est possible ! (et sans publicité).

Les parcs de vélo en libre service ou les vélos-taxis sont à la base une bonne idée, rendant un véritable service public à la collectivité. C’est pourquoi, ces vélos devraient être gérés par les collectivités publiques, communes ou intercommunalités, et non pas par des entreprises privées dont le but en l’occurrence est de faire du profit et de développer les espaces publicitaires, y compris ceux vendant des voitures...

En outre, savez-vous comment sont produits les vélos Decaux, du type vélib’ parisien ou villo bruxellois ? Ils sont produits en Hongrie et sortent d’une usine où les ouvriers sont payés deux euros de l’heure et gagnent à peine 350 euros par mois, bien en-dessous du salaire moyen hongrois... (Source : RTBF.be)

Et du côté des conditions de travail des salariés de Cyclocity, la filiale de Decaux qui gère les vélibs, on est carrément au moyen-âge ! Voir ici la liste impressionnante des atteintes au droit du travail au sein d’une entreprise qui vend du développement durable sans aucun souci d’éthique...

Résumons, on exploite les salariés en amont lors de la production des vélos, on exploite les salariés en aval lors de la gestion des parcs de vélos, le tout pour “vendre de la publicité et gagner des parts de marché” (Dixit Jean Charles Decaux), bref pour faire du fric et toujours plus. Car le vélib rapporte de l’argent à Decaux, les chiffres sont top secret, mais en plus d’être une formidable vitrine pour le groupe Decaux en France et à l’international, le triplement de la surface d’affichage publicitaire assure probablement à Decaux de très confortables marges, surtout avec des vélos fabriqués à 2 euros de l’heure...

Tout ceci nous montre une fois de plus que le combat contre l’ineptie et l’inefficience du système automobile n’est pas un combat isolé. Démontrer encore et toujours que l’automobile, en tant que mode de déplacement massif, est un échec, c’est aussi revendiquer des alternatives non polluantes et qui ne servent pas de cheval de Troie... à l’automobile et à l’exploitation des salariés !

Lutter contre l’automobile aujourd’hui, c’est lutter contre la publicité et le système de surconsommation qui y est associé, c’est lutter contre le sexisme, qui réunit très bien automobile et publicité, c’est lutter contre le nucléaire qui vend l’idée que la voiture électrique est une voiture “propre”, c’est lutter contre le capitalisme qui s’appuie sur l’individualisme des gens, l’exploitation des salariés et la destruction de la planète, et c’est lutter contre l’idéologie de la croissance, qui nous fait croire que le PIB et la vente de voitures pourraient croître indéfiniment dans un monde fini.



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